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Toon : « La communauté francophone est vraiment incroyable. »

Les dernières semaines ont été un régal pour les spectateurs de Teamfight Tactics, puisque tous les meilleurs joueurs d’Europe se sont affrontés tous les jours dans le but de participer à la phase finale des qualifications au mondial. Avec des points en fonction de leur score chaque lundi, les streamers avaient toutes les raisons de se donner à fond afin de décrocher une des quarante places si convoitées.

Après avoir braqué les projecteurs sur les « qualifiés de l’ombre », nous avons eu la chance de pouvoir interroger les différentes figures de proues de la communauté francophone de TFT sur les raisons du succès de cette dernière, l’impact de cette compétition sur leur routine de streamer et la meilleure stratégie pour aborder le tournoi.

Le top 40, défi ou formalité ?

Le format pour aller jusqu’en phase finale des qualifications européennes était plutôt simple : il fallait marquer un maximum de points en étant le mieux classé sur le serveur EUW chaque lundi à 23h59 chaque semaine. Pour se faire, chacun a dû user de sa propre botte secrète. Pour Un33d par exemple, cela a consisté à commencer sur les chapeaux de roue : « J'ai d'abord fini Top 1 Europe la première semaine, ce qui a bien boosté mon moral. » Il justifie sa réussite par son mental d’acier : « Ma force principale est de ne jamais tilt, c'est très commun pour les joueurs de haut niveau sur les jeux basés sur la RNG, mais mon expérience me permet de ne pas mal vivre de la défaite, de constamment apprendre et me remettre en question. »

C’est un parcours très similaire à celui de Shaunz, qui avait atteint le top 1 au début du circuit, mais avait ensuite été très vocal sur sa désapprobation de la méta : « Je pense vraiment avoir fait le strict minimum, j'ai commencé très fort la première semaine en sécurisant un max de points. Puis petit à petit la méta m'a beaucoup déplu. » Il a toutefois continué de jouer, bien que moins régulièrement, ce qui lui aura tout de même valu de se qualifier sur le fil, décrochant de justesse la dernière place disponible en réussissant « à récolter un nombre de points suffisant pour toujours être en course. »

Au contraire, certains joueurs ont brillé et n’ont jamais été mis en danger durant les cinq semaines de compétition. C’est par exemple le cas de ImSoFresh, qui décrit cette période comme une formalité : « J'ai toujours été classé au minimum top 20 EUW depuis la sortie du jeu, donc ces phases de qualif ne changeaient pas grand chose à mes habitudes. J'aime le jeu et j'essaye toujours d'être bien classé, Worlds ou pas. Cela peut sonner un peu prétentieux mais c'est juste ça. »

De la même façon, Voltariux qui a terminé à la 7e place, semble très serein lorsqu’il décrit ces dernières semaines, bien qu’il reconnaît tout de même ses faiblesses : « Mon succès est dû surtout à ma capacité d'adaptation : lorsque la méta n'est pas encore fixée je me débrouille très facilement, donc j'ai juste grind à chaque début de patch là où une bonne partie des adversaires n'était pas à l'aise. Au contraire sur les fins de patchs j'avais beaucoup de mal. »

Un pour tous, tous pour un

Avec treize participants sur quarante, onze Français et deux Belges, la communauté francophone est la plus représentée à la phase finale des qualifications pour le mondial. S’il fallait résumer les raisons de cette dominance en un seul mot d’après les différents streamer, celui-ci serait sans doute « entraide ». Shaunz explique ainsi à ce sujet : « Franchement c'est une super fierté, la francophonie est vraiment forte sur TFT. Ça vient du fait que les joueurs français s'entendent bien et s'entraident beaucoup mais aussi qu'il y a beaucoup de top streamers francophones, du coup les stratégies et les bonnes décisions se transmettent très vite. »

Taquin comme à son habitude, ImSoFresh surenchérit tout en se faisant de la publicité : « On a beaucoup de streamers, dont pas mal avec un très bon niveau depuis la beta, donc c'est très facile pour les FR de progresser, il suffit de regarder nos streams. (twitch.tv/imsofresh) » Plus sobrement, Toon résume l’argument de ses deux compères en évoquant : « beaucoup d'entraide » avant de développer : « La communauté francophone s'entend extrêmement bien, nous discutons souvent entre nous et d'une certaine manière on réussit très bien à tous se tirer vers le haut. »

Un33d pense que la popularité de Riot Games dans sa globalité en France joue énormément. Il explique : « Ce phénomène incite beaucoup de nouveaux joueurs à tenter leurs chances en tant que joueur pro sur les jeux Riot, car ils savent que nombreuses structures et nombreux tournois seront là pour les aider à percer. » Shaunz, qui est sans doute la personnalité française la plus influente sur TFT, ajoute qu’il s’est inspiré de ce qui se fait sur LoL : « Sur League of Legends ça a mis du temps mais O'Gaming notamment a réussi à créer une histoire avec des personnalités, des compétitions et des émissions qui nous faisaient vibrer. Je voulais faire un peu pareil sur TFT, avec des compétitions, des guides, des streams didactiques. Donc pour l'instant, on tryhard, mais dès la fin des Worlds je prendrai un peu plus de temps pour faire du contenu sympa. »

Streamer ou compétiteur, faut-il vraiment choisir ?

Parmi les différents streamers qualifiés à la phase finale, tous ont déjà été de véritables joueurs professionnels par le passé, que ce soit sur League of Legends ou d’autres licences. Pourtant, le fait de se remettre dans le bain de la compétition après parfois plusieurs années de pause n’est pas forcément quelque chose de facile, ou du moins de prévu. Pour ImSoFresh par exemple, ce n’est qu’un bonus : « Mon but c'est juste de stream mais je participe aux tournois parce que pourquoi pas ! ». C’est un avis qui semble partagé par Voltariux, qui ajoute : « Les tournois sont surtout une manière de se démarquer pour les streamers, c'est forcément quelque chose que l'on considère surtout quand on est top EUW. »

De son côté, Torlk attendait vraiment l’essor de la scène compétitive : « Depuis le début je savais que TFT avait le potentiel pour que l'on voit apparaître des gros tournois sur le jeu, donc depuis le début j'étais dans cette optique là, je suis content que ça puisse aboutir. » Toon va encore plus loin, il explique : « Le compétitif est vraiment l'aspect des jeux vidéos qui me plaît le plus. Je voulais clairement faire les tournois majeurs depuis toujours et c'est ma principale motivation d'entraînement. »

À l’inverse de Shaunz, qui se voyait surtout comme un organisateur plus que comme un compétiteur, Un33d préfère « mélanger streaming et tryhard haut niveau ». Comme Toon, il affirme : « Je ne serais pas allé sur TFT si la scène compétitive ne s'était pas développée. Participer à des compétitions est une obligation pour moi, c'est ma motivation principale quand je lance un jeu. »

S’adapter ou mourir

Lors des tournois de Teamfight Tactics, ce sont souvent deux profils de joueurs qui sortent du lot : ceux qui s’adaptent aux champions et aux objets qu’ils obtiennent, et ceux qui viennent avec seulement une ou deux compositions de préparées mais qui les connaissent suffisamment sur le bout des doigts pour les forcer. Historiquement, les derniers ont souvent été récompensés lorsqu’ils étaient dans leur méta idéale.

Voltariux explique par exemple qu’il « redoute surtout Fluffy pour sa capacité à bien jouer Rebelle ». Il n’est toutefois pas persuadé que cela soit le meilleur style de jeu pour le format de la finale régionale où 64 joueurs vont tous s’affronter : « On a toujours nos compos "de préférence" mais je pense qu'il faut quand même rester ouvert à plusieurs compos. Le fait de forcer une compo de manière à ne pas être contesté fonctionne dans un lobby fermé à 8 joueurs, mais pas lorsque les lobbys tournent. »

Toon pense que l’atout principal à avoir sera la versatilité : « Dans un tournoi comme celui des Worlds où chaque jour nous perdrons la moitié des joueurs, l'important sera vraiment la régularité et c'est pourquoi être capable de jouer toute les compositions sera un vrai plus ! » Un33d préfère quant à lui couper la poire en deux, en voyant des forces dans les deux styles : « Dans un monde parfait où le joueur ne fait aucune erreur tout au long de la partie, la stratégie de l'adaptation semble meilleure car elle va moins subir l'aléatoire. Jouer seulement quelques compositions sans particulièrement savoir s'adapter permet également de se spécialiser et d'être très confiant dans son style de jeu en prenant moins de risques. Le meilleur joueur du monde saura probablement trouver le juste milieu entre les deux. »

Pour Shaunz, tout est question de statistique, ce qui pourrait lui donner un véritable avantage stratégique. « Je considère vraiment le jeu comme un exercice de maths, avec des probas, combien j'ai de de chances de trouver des tels champions en fonction du stage, des golds, et de leur disponibilité. C'est une force car je ne prends pas des décisions sous le coup de l'émotion mais plutôt par logique. »

Après tout, avec une scène esport encore naissante sur Teamfight Tactics, rien n’est encore gravé dans la roche. Torlk voit en ce tournoi une occasion d’en apprendre davantage sur la recette gagnante : « Je pense que ce tournoi nous apprendra beaucoup sur les stratégies à aborder. »

Nous remercions chacun des participants pour avoir pris le temps de répondre à nos questions. Vous pourrez les retrouver et les encourager sur leur stream respectif à partir du samedi 8 août, date à laquelle les hostilités commenceront. Nul doute que le soutien de leur communauté sera un bonus important s’ils souhaitent triompher des autres joueurs et finir sur le podium. Pour rappel, la finale sera diffusée sur O’Gaming le dimanche 16 août à partir de 14 heures.